Industrie 4.0 : la parole aux experts

Pour mieux épauler le secteur de la construction face aux nouvelles technologies numériques, le CSTC doit se montrer attentif aux besoins et aux demandes suscitées par leur mise en pratique. Le panel d’experts présent à l’événement HORIZON 2020 du 23 novembre 2016 est un bon exemple d’action dans ce domaine. Le contact entre ces experts et un public constitué de professionnels de la construction a permis de mettre en avant certains points de vue intéressants au sujet du BIM et du numérique.
Comme il a déjà été dit dans ce CSTC-Contact, la force du BIM et des outils numériques réside principalement dans l’échange efficace des informations. Ces nouveaux outils permettent aux professionnels de mieux concevoir, construire, gérer et rénover les ouvrages. La liste des outils étant longue, il a tout d’abord été demandé à notre panel d’experts et au public, principalement constitué d’entrepreneurs, quelles étaient les nouvelles technologies intéressantes dans le cadre de leurs activités. On a ainsi retrouvé dans le top 3 des entrepreneurs généraux les applications BIM, les solutions informatiques de gestion d’entreprise et l’impression 3D. Les artisans ont répondu de façon assez similiaire, les solutions informatiques venant toutefois en tête devant les applications BIM.

Afin d’alimenter encore le débat, il a été demandé au public à quel moment ils pensaient pouvoir utiliser ces nouvelles technologies dans la pratique. Pour 67 % des entrepreneurs généraux et 62,5 % des artisans, le changement devrait s’opérer au cours des 12 prochains mois. Malgré l’enthousiasme du public, 27 % des entrepreneurs généraux ont toutefois émis des réserves quant à la formation du personnel et 31 % des artisans se montraient hésitants face aux investissements requis. Tant les entrepreneurs que les artisans ont indiqué que le manque de temps était un facteur déterminant. Même si l’on peut comprendre ces craintes, sont-elles pour autant insurmontables ?

Qu’en pensent les experts ?

Notre panel était représenté par Johan Willemen (entreprise Willemen), Colette Golinvaux (entreprise Golinvaux Robert), Thomas Vandenbergh (manager BIM chez Besix) et Filip Cauwelier (entreprise de couverture Cauwelier). Nous avons également sollicité l’avis de Dirk Peytier (entreprise de plomberie Peytier). Dans la suite de cet article, chacun de ces intervenants fera part de son expérience personnelle en matière de BIM et de solutions numériques.

Selon Colette Golinvaux, la numérisation est déjà bien intégrée dans le secteur de la construction, que ce soit sur le plan administratif ou technique. Ainsi, sa propre entreprise, active notamment dans le domaine de la rénovation du patrimoine, fait appel aux drones pour effectuer des contrôles en hauteur. Elle insiste toutefois sur le fait que ces technologies ne remplaceront pas la main-d’œuvre sur chantier. Il s’agit plutôt d’une collaboration, où la technologie est au service de l’Homme.

Thomas Vandenbergh, quant à lui, a fait résolument le choix du BIM. La production et la gestion des informations sont en effet essentielles si on veut pouvoir les utiliser efficacement en combinaison avec différents outils. L’utilisation du BIM améliore en effet la communication entre les partenaires ainsi que la préparation du chantier, ce qui permet de réduire les délais d’exécution, mais également de détecter les erreurs à temps et de solutionner plus rapidement les problèmes.

Johan Willemen a, pour sa part, une préférence pour les lunettes intelligentes. Grâce à cet outil numérique, l’utilisateur peut visualiser ce qu’il se passe sur un chantier sans y être présent physiquement. Ces lunettes permettent en outre de superposer aux images de chantier des informations ou des éléments (cloisons, parois…) pas encore réalisés in situ.

Filip Cauwelier, qui s’exprimait au nom d’un sous-traitant, opte également pour le BIM pour sa capacité à extraire facilement des métrés et à générer des offres. Il souligne toutefois l’importance de logiciels génériques, notamment pour la gestion des relations avec le client ou la planification des ressources (ERP, pour Enterprise Resource Planning) (voir 'Etablir une offre grâce aux sites marchands'). Ces outils lui permettent de gérer les informations et les chantiers de manière plus efficace afin d’offrir un meilleur service au client.

Dirk Peytier a, lui aussi, une préférence pour les logiciels génériques, mais trouve que les systèmes de géolocalisation track-and-trace (voir 'Track-and-trace et enregistrement du temps') sont intéressants également. Les avantages de ces derniers sont évidents non seulement au sein même de l’entreprise, mais aussi dans les relations avec les clients. Ces systèmes améliorent ainsi la gestion des véhicules, du matériel et même du personnel. Etant donné que toutes les informations concernant les heures prestées ou les kilomètres parcourus sont enregistrés par le système, l’aspect administratif est réglé bien plus rapidement. Quant au client, il en profite également, puisque les problèmes urgents peuvent être traités au plus vite et qu’il peut être tenu informé par SMS de l’arrivée imminente d’un technicien.

Convaincre

S’il est apparu très rapidement évident que notre panel d’experts avait une connaissance approfondie du BIM et des outils numériques, il n’en va pas de même pour la plupart des professionnels du secteur. L’application du BIM à grande échelle se voit en effet entravée par divers obstacles. Nos experts se sont également exprimés à ce sujet.

S’adressant aux petites entreprises, Colette Golinvaux dit qu’elle comprend leurs réticences : des formations s’avérent nécessaires, mais il est important que tous les entrepreneurs franchissent le cap. La transition peut se faire progressivement, en observant tout simplement comment procède la jeune génération, par exemple. En utilisant davantage le smartphone et la tablette, la communication devient bien plus efficace.

Johan Willemen rappelle qu’il est primordial de continuer d’innover pour ne pas rester à quai. L’effet positif sur les coûts de malfaçon justifie les investissements nécessaires.

Thomas Vanderbergh partage l’avis de Johan Willemen quant aux progrès que le secteur de la construction doit accomplir en matière de productivité afin de ne pas être évincé par la concurrence. Evoquant le haut degré de technicité de certains pays européens, voire de l’Inde ou de la Chine, il souligne que la Belgique ne peut pas rester à la traîne.

Concernant l’implémentation des nouvelles technologies, Filip Cauwelier et Dirk Peytier souhaitent établir un lien entre le succès des outils numériques et la motivation du personnel. De tels changements ne sont possibles que si les collaborateurs sont pleinement conscients de l’utilité de ces outils et que leur formation est correctement assurée.

Evolution du secteur

Le BIM et le numérique, en améliorant l’échange d’informations, permettent d’accroître la productivité et la qualité, tout en fournissant un meilleur service aux clients. Le secteur ne peut attendre davantage et doit évoluer rapidement.