Le numérique : ne tardez pas à l’adopter

Ces dernières années, le secteur de la construction a été fort sollicité pour apporter, grâce à l’innovation, des réponses aux enjeux sociétaux et environnementaux. De nombreux changements et de nouvelles contraintes ont été imposés à l’acte de construire ou de rénover. Aujourd’hui, grâce au BIM et aux technologies numériques, il est possible pour tous de continuer à innover.
L’échange d’informations et la collaboration entre les nombreux partenaires de la construction sont parfois compliqués par un processus très fragmenté. Ce manque de synergie freine l’industrialisation du processus constructif, ce qui ralentit l’augmentation de la productivité. En France, une étude de l’INSEE (Institut national de la statistique et des études économiques) a d’ailleurs révélé que, depuis 1995, la valeur ajoutée par heure de travail productive de l’ouvrier dans la construction n’a pas augmenté autant que dans l’industrie manufacturière. Ce décrochage s’explique également par le faible niveau de maturité numérique des acteurs du secteur de la construction. Sur la base d’un indice de maturité de l’infrastructure informatique des entreprises wallonnes s’appuyant sur plus de 40 critères, l’AdN (Agence du numérique) a, par exemple, pu mettre en évidence le retard structurel enregistré tant au niveau des métiers liés au gros œuvre qu’aux parachèvements et aux installations.

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Il existe des technologies numériques adaptées aux besoins de chaque entreprise et de chacun des métiers de la construction.
D’autres constats connus nous rappellent certains problèmes rencontrés au niveau du secteur et les potentiels d’innovation existants :

  • les coûts de non efficacité et de non qualité sont estimés entre 5 et 10 % du chiffre d’affaire d’une entreprise de construction, alors que sa marge bénéficiaire n’est elle-même que de quelques pour cent. Pour la Belgique, ce coût peut être évalué à 5 milliards d’euros par an
  • les informations relatives à un bâtiment sont souvent enregistrées plusieurs fois au cours du processus constructif. Ces saisies multiples peuvent être source d’incohérences, de retards, d’erreurs et donc d’augmentation du coût de l’ouvrage
  • une partie du temps passé sur chantier par les ouvriers peut être considéré comme improductif (livraison tardive des matériaux ou interruption des travaux en raison de problèmes de coordination, par exemple)
A n’en pas douter, longtemps confinée au niveau des techniques de construction, l’innovation sectorielle se concentrera certainement dans le futur, sur une meilleure gestion des flux d’information grâce au numérique.

Score moyen de maturité numérique pour quelques (sous-)secteurs d’activité en 2015 (source : AdN).

Une réelle dynamique BIM au niveau européen

Selon plusieurs sources, la maquette numérique et le recours au BIM permettraient d’écourter la durée moyenne des chantiers et d’éviter les dépassements de budget. Forts de ce constat, certains pays se sont fixé des objectifs ambitieux. Ainsi, le Royaume-Uni est engagé depuis 2011 dans une modernisation profonde du secteur de la construction, notamment par le biais du numérique. Les Britanniques ont ainsi exprimé leur volonté de réduire de 20 % les coûts de construction, de diminuer de 20 % les délais d’exécution et de réduire de 20 % les coûts de gestion patrimoniale. D’autres pays de l’Union européenne ont déjà imposé l’utilisation du BIM à leurs marchés publics dans le domaine du bâtiment : la Finlande, dès 2007; la Norvège, en 2010; les Pays-Bas, en 2011, et, plus récemment, le Royaume-Uni, en 2016. Dans une directive de 2014 relative aux marchés publics, l’Europe, elle-même, recommande la dématérialisation des procédures et privilégie l’usage du BIM lors des appels d’offres pour les projets de bâtiments et d’infrastructures publics.

Dans l’histoire de l’humanité, certaines innovations ont eu un impact majeur sur la productivité de l’industrie. Pour le secteur de la construction, le BIM et les technologies numériques font aujourd’hui partie de celles-là.

La transformation numérique : un mouvement de fond pour tous

Pour préserver leur compétitivité et pouvoir continuer à communiquer avec leurs partenaires sectoriels ou, tout simplement, pour répondre aux attentes de leurs clients et aux contraintes du marché, tous les acteurs de la construction devront investir dans leur transformation numérique.

La 4e révolution industrielle pilote cette transformation numérique en proposant une multitude de technologies adaptées aux spécificités et besoins de chacun des métiers. Qu’il s’agisse du BIM, de l’impression 3D, de l’imagerie virtuelle et des lunettes intelligentes, de l’Internet des objets, des engins de chantier connectés ou des applications courantes, tous ces outils interconnectés sont destinés à servir la compétitivité de ceux qui les utilisent. L’entreprise peut certainement y recourir pour améliorer l’efficacité de sa propre organisation, mais également pour accroître la qualité des contacts et échanges qu’elle entretient avec ses clients et/ou partenaires professionnels. Faciliter l’échange d’informations au niveau d’un projet grâce aux outils numériques permet sans aucun doute d’accroître la souplesse de conception et d’exécution et d’affecter plus efficacement les ressources. En d’autres termes, de mieux répondre aux attentes des clients qui sont également de plus en plus en faveur d’infrastructures et de bâtiments dits smart ou intelligents offrant des fonctionnalités numériques avancées.

Le temps n’est donc plus au questionnement, mais à l’action. Le changement vers plus de numérique, c’est aujourd’hui que nous devons tous l’amorcer. D’autres secteurs s’y sont attelés avant nous et avec succès. Mais l’entreprise qui, à l’instar de Kodak dans le domaine de la photographie, restera sur le quai en attendant le train suivant risque fort, et très vite, de ne pas pouvoir rattraper son retard.