Interactions entre les corps de métier lors de rénovations énergétiques 2012/04.02

Si l'on souhaite concrétiser d'ici 2020 et 2050 les ambitions européennes et régionales en matière de climat et d'économie d'énergie, il ne suffit pas de s'attacher uniquement aux constructions neuves. En effet, le véritable défi sera celui de la rénovation énergétique du bâti existant. Il faudra donc rénover davantage, et mieux.
Une rénovation énergétique approfondie s'opère selon les mêmes principes qu'un projet de construction neuve à consommation énergétique quasi nulle. Outre des adaptations technologiques concrètes, les travaux de rénovation requièrent une approche intégrale et un processus de construction fluide. La coordination sur le chantier est en effet cruciale, car elle permet, par exemple, de garantir l'étanchéité à l'air globale du bâtiment et de réduire les ponts thermiques. Une mise en œuvre soignée reste évidemment nécessaire.

Le processus de rénovation est compliqué en ce qu'il est très fragmenté, puisque les travaux sont souvent réalisés par étapes et par différents entrepreneurs, qui exécutent chacun une partie du travail. Ainsi, il se peut que l'exécution de certains travaux détériore ceux déjà effectués ou que l'on ne pense pas suffisamment aux travaux ultérieurs, ce qui complique la réalisation de ces derniers. Il arrive parfois que la couche d'étanchéité soit percée ou que l'on rénove une toiture sans tenir compte des installations (solaires) qu'il faudra placer par la suite.

Ces problèmes peuvent être évités en gardant à l'esprit à chaque étape le résultat final à atteindre. A cet effet, l'entrepreneur général ou l'architecte peut endosser le rôle de coordinateur. Chaque entrepreneur doit en outre être conscient du fait que ses activités ont un impact sur les travaux des autres.

Le projet One Stop Shop (cf. encadré ci-dessous) a dressé la carte des diverses interactions pouvant survenir durant le processus de rénovation. La méthodologie utilisée à cet effet peut également être appliquée à des projets individuels. Elle consiste à placer dans les rangées et les colonnes d'un tableau l'ensemble des travaux de rénovation envisagés. A leurs intersections sont ensuite indiquées les éventuelles interactions. Celles-ci peuvent être réparties en quatre grands groupes :

  • éviter les ponts thermiques au droit de la jonction de divers éléments (sol, mur, toiture, menuiserie) : raccord à l'isolation existante, pose d'une isolation ultérieure à prévoir

  • assurer et maintenir la continuité de la couche d'étanchéité à l'air : veiller à ce que les barrières placées puissent être raccordées à des éléments ultérieurs et à ce que tout percement puisse être réparé

  • concevoir les installations dans l'optique de l'enveloppe finale : prévoir une ventilation si l'enveloppe est étanchéifiée et dimensionner les installations en fonction de l'enveloppe finale (puissance moindre si le bâtiment est bien isolé)

  • réaliser les travaux de rénovation sur la base d'un diagnostic de la situation existante : contrôler la stabilité lorsque des charges supplémentaires sont prévues, résoudre les problèmes d'humidité avant le début des travaux, prévoir un système de ventilation de substitution lorsque d'anciens dispositifs (ancienne chaudière, menuiserie perméable à l'air) sont amenés à disparaître.
Ces interactions peuvent avoir un impact négatif sur le résultat global de la rénovation. La solution à ces éventuels problèmes consiste à combiner les aspects suivants :

  • chaque entrepreneur effectue ses travaux en connaissance de cause

  • chaque entrepreneur est conscient de l'impact que peuvent avoir ses travaux sur ceux des autres et sur le résultat final, et prévoit donc des solutions sur le chantier

  • lors de la conception et de la préparation du chantier, il convient de s'interroger sur les interactions et d'élaborer les détails techniques qui serviront de base lors de la mise en œuvre

  • en cas de détails plus complexes ou aux exigences strictes, un coordinateur peut veiller à une bonne organisation (planning) et communication (conventions) entre les diverses parties. Ce rôle peut être confié à l'architecte et/ou à l'entrepreneur général. Le coordinateur peut également contrôler la mise en œuvre

  • des innovations peuvent, parfois, éviter les interactions (en intégrant déjà certaines fonctions en usine ou en prévoyant un solin d'attente).
Des solutions spécifiques ont été développées au sein du projet One Stop Shop pour des travaux touchant à six grands domaines : les toitures, les murs extérieurs, le sol, les menuiseries, les finitions et les installations. Il n'existe pas encore de solution adaptée pour toutes les situations envisageables et certaines méthodes d'exécution ne bénéficient pas encore d'une solution de substitution. Nous espérons pouvoir y remédier prochainement en approfondissant le projet.

One Stop Shop
From demonstration projects towards volume market:
innovations for one stop shop in sustainable renovation

Ce projet, subsidié par l'IWT dans le cadre du programme européen EracoBuild et mené en collaboration avec Passiefhuisplatform vzw, la Confédération Construction flamande et un certain nombre de partenaires européens (cf. www.one-stop-shop.org), nous a permis :

  • d'établir un catalogue des techniques innovantes de rénovation 'basse énergie'

  • de suivre et de documenter deux projets de démonstration flamands; ceux-ci consistaient à analyser les coûts et l'efficacité environnementale (LCC et LCA) de rénovations plus ou moins intensives et de futures rénovations à consommation énergétique quasi nulle

  • de développer de nouveaux modèles collaboratifs entre partenaires de construction et des modèles d'entreprise pour les rénovations énergétiques intensives

  • de créer un site Internet pour convaincre les clients et les aider dans leurs décisions.



Article complet


J. Vrijders, ir., chef de projet, laboratoire Développement durable, CSTC
L. Wastiels, dr. ir.-arch., chef de projet, laboratoire Développement durable, CSTC
S. Herinckx, ir., chercheur, laboratoire Rénovation, CSTC