Béton autoplaçant : recommandations pour la mise en œuvre 2012/03.04

L'un des nombreux avantages du béton autoplaçant (BAP) est que sa pose demande bien moins de main-d'œuvre et engendre moins de nuisances vibratoires et sonores. Cependant, nombreux encore sont ceux qui éprouvent des difficultés à mettre correctement en œuvre des éléments en BAP. L'objectif de cet article est d'attirer votre attention sur certains aspects dont il convient de tenir compte.
La parution de la nouvelle norme d'exécution NBN EN 13670 en 2010 et de son annexe belge au printemps 2012 a déjà permis d'éclaircir certains aspects liés à la mise en œuvre. Cette norme constitue, avec diverses directives européennes et internationales, une base pour la mise en œuvre correcte d'éléments en BAP.

Exigences relatives au coffrage

Le BAP étant un béton extrêmement fluide, l'étanchéité du coffrage doit être parfaitement assurée. En effet, le moindre interstice peut entraîner une infiltration aux conséquences néfastes pour l'élément réalisé. Les joints, les percements dus aux tirants et autres doivent dès lors être conçus de la manière la plus étanche possible. Par ailleurs, il convient également de veiller à ce que les éléments légers présents dans le coffrage (certains éléments du chauffage par le sol, p. ex.) ne remontent pas à la surface.

Puisque l'utilisation du BAP accélère le placement du béton, la vitesse de coulage peut être augmentée. Toutefois, cette accélération, combinée à d'autres facteurs (les propriétés du béton frais, la forme et les dimensions du coffrage, p. ex.), peut engendrer dans le coffrage une pression nettement supérieure à celle du béton vibré traditionnel et pouvant même atteindre des pressions hydrostatiques (cf. Les Dossiers du CSTC 2006/3.7). Par sécurité, de nombreux documents recommandent dès lors de concevoir le coffrage en considérant des pressions hydrostatiques.

Mise en œuvre

Le placement d'un BAP demande beaucoup moins de main-d'œuvre
A la réception du BAP sur le chantier, il convient de vérifier si le béton livré correspond au béton prescrit. Le contrôle de la qualité ne consiste pas à vérifier uniquement le bon de livraison, mais également la consistance (classe SF). En fonction du domaine d'application du BAP et des exigences spécifiques supplémentaires qui lui ont été imposées (en matière de viscosité, p. ex.), il convient éventuellement d'effectuer quelques essais supplémentaires avec du béton frais sur un nombre limité d'échantillons. Néanmoins, un contrôle visuel durant la mise en œuvre du BAP est toujours indispensable afin de détecter à temps toute ségrégation ou tout remplissage incomplet du coffrage.

Une particularité du BAP est que son ouvrabilité est temporaire. A la fin du coulage, le béton doit en effet être encore suffisamment fluide que pour conserver ses propriétés autoplaçantes. En outre, le BAP ne peut absolument subir aucune vibration étant donné que celles-ci peuvent entraîner la ségrégation du béton.

Le cheminement horizontal dans le coffrage ne peut pas être trop long et ce, quelle que soit la méthode figurant dans le tableau ci-dessous. La longueur maximale acceptable pour un BAP donné sera fonction de la capacité du béton à se placer dans le coffrage tout en conservant son homogénéité. Plus le cheminement est long, plus le béton court un risque de ségrégation. Certaines directives européennes et internationales recommandent des valeurs de 5 à 10 m.

Méthode de mise en œuvre d'un BAP
Méthode Remarque Spécificités
Remplissage classique par la partie supérieure du coffrage Risque de ségrégation Réduire la hauteur de chute à 1 m (comme pour le béton vibré traditionnel)
Immersion d'un tuyau par la partie supérieure du coffrage Un ferraillage dense et/ou un coffrage étroit nécessitent une attention particulière
  • le tuyau doit être choisi en fonction de la densité de l'armature, le coffrage et le mélange de BAP
  • la composition du BAP doit être adaptée à la pression de la pompe
Remplissage du coffrage par la partie inférieure du coffrage au moyen d'une pompe Cette méthode permet d'éviter de faire chuter le béton dans le coffrage
  • le coffrage doit être adapté
  • il se peut que la pression exercée sur le coffrage dépasse la pression hydrostatique
  • la composition du BAP doit être adaptée à la pression de la pompe
  • les livraisons de béton doivent être bien planifiées

Etant donné qu'il ne peut y avoir aucune vibration lors de la mise en œuvre d'un BAP, il convient de veiller à ce qu'aucune bulle d'air ne se forme lors du remplissage du coffrage. Certaines directives européennes conseillent d'ailleurs également de réduire la vitesse de coulée en présence d'éléments verticaux. S'il s'agit de projets de grande envergure, il convient également de contrôler les livraisons de béton afin d'éviter tout joint de coulage visible.

A l'instar du béton vibré traditionnel, la cure du BAP requiert également une attention particulière pour, notamment, éviter toute fissuration à la suite d'un retrait plastique. Le BAP requiert particulièrement que l'on adapte la cure à la vitesse de coulage.


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P. Van Itterbeeck, dr. ir., chef de projet, laboratoire Structures, CSTC
V. Dieryck, ir., chef adjoint du laboratoire Technologie du béton, CSTC

Article rédigé dans le cadre de la Guidance technologique NeoCrete 'Nouveaux bétons spéciaux', subsidiée par la Région wallonne

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