Finitions écologiques pour le bois 2011/03.08

Peintures naturelles, peintures vertes ou écologiques, directives européennes, labels : les approches environnementales se sont récemment multipliées dans le domaine des finitions. Mais qu'impliquent-elles réellement pour le menuisier et le peintre ? Quelles sont les garanties offertes par tel marquage ou telle législation ? Cet article tente de faire le point sur les différentes approches écologiques relatives aux finitions pour le bois.

Directives et réglementations

La réglementation REACH et les directives européennes 1999/13/CE et 2004/42/CE ont été récemment mises en œuvre afin d'améliorer la protection de la santé et de l'environnement.

REACH (Registration, Evaluation and Authorisation of Chemicals) est basé sur l'enregistrement et l'évaluation de tous les produits chimiques utilisés dans l'Union européenne dans des quantités supérieures à une tonne. Il est possible que les plus dangereux fassent l'objet de restrictions ou d'interdictions. Pour le menuisier et le peintre, cette législation a un impact limité : elle implique principalement d'identifier les produits faisant l'objet d'une réglementation, de disposer des fiches de sécurité des produits et d'informer les travailleurs.

Les directives 1999/13/CE et 2004/42/CE ont été mises en œuvre consécutivement au protocole de Kyoto. Elles visent toutes deux à réduire les émissions de COV (composés organiques volatils). Elles résultent d'une prise de conscience de leur impact négatif sur la santé et sur la couche d'ozone ainsi que de la nécessité de réduire les émissions de gaz à effets de serre.

La directive 1999/13/CE concerne les applications en atelier. Elle fixe des valeurs maximales d'émission de COV pour une vingtaine d'activités industrielles dont le revêtement et l'imprégnation du bois. Pour ces dernières, la directive s'applique à partir d'une consommation en solvants de 15 t/an. Cette valeur étant relativement élevée, un nombre très restreint d'entrepreneurs devrait être concerné.

Lors d'une application in situ, il n'est pas possible de piéger les émissions de COV. Pour cette raison, la directive 2004/42/CE agit directement sur la composition des peintures en limitant leur teneur en COV. Douze types différents de peintures et vernis sont concernés, parmi lesquels sept s'appliquent sur le bois. Un marquage obligatoire est également apposé sur les emballages spécifiant la catégorie du produit et sa teneur maximale en COV. Cette directive ne s'applique pas aux peintures utilisées exclusivement en atelier et couvertes par la directive 1999/13/CE.

Pour le bois, ces directives ont conduit au développement de nouvelles finitions et techniques d'application limitant les émissions de COV, notamment des peintures à haut extrait sec, hydrodiluables, alkydes en émulsion ou encore des peintures en poudre.

Labels

Les directives 1999/13/CE et 2004/42/CE agissent exclusivement sur les COV. Les labels écologiques tentent d'aller plus loin et d'apporter une réponse complémentaire à une demande croissante de matériaux plus écologiques. Natureplus, Ecolabel européen, Der Blaue Engel, … Il existe actuellement un grand nombre de labels nationaux et internationaux. Généralement octroyés sur la base d'une démarche volontaire, ces marquages imposent des exigences pouvant s'avérer très différentes.

En Belgique, l'Ecolabel européen est le label officiellement reconnu (www.ecolabel.be). Les exigences écologiques liées à ce marquage touchent les différentes étapes du cycle de vie du produit telles que la fabrication, l'application ou encore l'élimination. Pour les peintures et vernis, le label impose notamment des teneurs limitées en pigments blancs au dioxyde de titane, en COV et en hydrocarbures aromatiques. Les métaux lourds et les composés classés comme dangereux pour l'environnement sont également interdits. Concernant plus particulièrement les COV, les seuils considérés sont beaucoup plus sévères que ceux admis par la directive 2004/42/CE. Les finitions pour le bois sont particulièrement concernées.

Parallèlement à ces critères écologiques, l'Ecolabel impose le respect de paramètres de performance tels que l'adhérence, la résistance au vieillissement ou le pouvoir couvrant. Ces exigences visent à s'assurer que les produits répondant aux enjeux environnementaux conservent de réelles performances techniques.

Les finitions du bois concernées par l'Ecolabel sont les peintures, les vernis et les lasures pour l'intérieur (couches de fond, intermédiaire et de finition). Ni les produits de préservation du bois ni les peintures et lasures pour l'extérieur n'entrent actuellement dans le champ d'application de ce marquage.

Peintures naturelles ou écologiques

Des finitions ou traitements dits 'naturels', 'écologiques' ou 'verts' apparaissent depuis peu sur le marché. Sur le bois, il peut s'agir de traitements contre les insectes, de produits de finition pour l'intérieur et l'extérieur (peintures, laques, lasures, …), de couches de fond ou encore de teintes pour parquets, … Ces produits de finition dits 'naturels' sont généralement à base de méthyl-cellulose, d'argile, d'huile (lin, …), de caséine ou de résine (pin, …).

Ces appellations ne sont pas réglementées. Elles ne répondent à aucun critère officiel et sont de la seule responsabilité des fabricants. Selon ces derniers, les peintures 'naturelles' tentent d'éviter les composants de synthèse. Soulignons toutefois que la définition du terme 'naturel' peut varier d'un fabricant à l'autre. En outre, 'naturel' ne signifie pas forcément 'non toxique'. Ainsi, certaines peintures à base d'huile peuvent contenir des siccatifs toxiques (des oxydes de zirconium ou de cobalt, p. ex.) afin d'accélérer leur séchage. D'autres peintures peuvent comporter des terpènes. Ces composés font partie des COV et peuvent provoquer des allergies et des irritations respiratoires ou cutanées. D'autres peintures 'naturelles' utilisent des isoaliphates en substitution de l'essence de térébenthine. Ce composé serait moins toxique, mais il est issu de la pétrochimie ! Enfin, aucun critère de performance n'est lié à ces produits. Par conséquent, si certaines de ces finitions présentent un intérêt écologique indéniable, elles réclament une attention particulière de la part de l'utilisateur (leur composition est généralement indiquée).


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E. Cailleux, dr., chef de projet, laboratoire 'Technologie du béton', CSTC (*)
S. Charron, ir., chef de laboratoire adjoint, division 'Enveloppe du bâtiment et menuiserie', CSTC
(*) Guidance technologique 'REVORGAN - Revêtements organiques' subsidiée par la Région wallonne.