De la toiture étanche à la couverture multifonctionnelle 2009/01.11

Avoir un toit pour s'abriter est depuis toujours un besoin vital de l'être humain. Avec le temps, des exigences nouvelles sont venues compléter cette fonction première de protection, conférant à la toiture un caractère multifonctionnel de plus en plus marqué.

Du passé au présent

Vers 35.000 avant J.-C., le toit de la plupart des huttes se composait de peaux d'animaux ou d'écorces de bois. Au cours des siècles, ces matériaux ont été progressivement remplacés par le bois ou le chaume, puis par la pierre et l'ardoise.

Les premières tuiles en terre cuite ont vu le jour en Chine dès 2700 avant notre ère; leur forme rappelait celle des bambous fendus (tuile ronde ou tuile canal). Leur usage fut généralisé au temps des Romains.

Ce produit a beaucoup évolué avec les années. L'invention de la tuile à emboîtement vers 1850 en est un exemple fort; elle a permis de concevoir des toits de plus en plus complexes et légers. Les toitures métalliques, quant à elles, ont connu un réel essor au XIXe siècle, tandis que, dès le siècle suivant, des tuiles sont fabriquées à partir d'autres matériaux, tels que le béton.

De son côté, l'art de la charpenterie n'a, lui non plus, cessé d'évoluer ces dernières années. Pour être conforme aux exigences essentielles de la directive européenne relative aux produits de construction (DPC), le complexe toiture ne peut plus se limiter à répondre à des contraintes de stabilité et d'étanchéité à l'eau, mais doit à présent aussi satisfaire à des performances d'étanchéité à l'air, d'isolation thermique, de sécurité, de confort, de durabilité et de respect de l'environnement.

On soulignera par ailleurs que le métier de couvreur est l'un des premiers à avoir apprivoisé l'informatique. Le développement de logiciels conçus pour répondre à ses besoins spécifiques en est un exemple parlant.

Économies d'énergie et isolation thermique

La crise pétrolière des années '70 a incité les pouvoirs publics à établir, avec notre soutien, les premières réglementations thermiques pour les toitures. Selon la région, la valeur Umax initiale de 0,6 W/m²K a été restreinte à plusieurs reprises : descendue à 0,4 W/m²K, elle est aujourd'hui de 0,3 W/m²K en Région bruxelloise et wallonne, avec d'importantes répercussions sur l'épaisseur d'isolation à intégrer dans le complexe toiture.

Depuis sa création en 1978, le Comité technique 'Couvertures' s'est fait un point d'honneur à mettre le secteur de la couverture au fait des techniques les plus récentes, notamment en matière d'isolation thermique. Cette dernière thématique a très rapidement été intégrée dans la dizaine de Notes d'information technique inscrites à son palmarès.

Motivées également par des facteurs économiques, les habitudes constructives ont évolué ces dernières années, incitant de nombreux maîtres d'ouvrage à aménager les combles en locaux d'habitation. Loin d'une simple anecdote architecturale, cette tendance exige d'étudier attentivement le comportement hygrothermique des toitures, afin d'établir des directives de mise en œuvre adaptées.

Certains systèmes d'isolation récents, tels que les panneaux sandwichs autoportants, ou des matériaux nouveaux tels que les produits minces réfléchissants ont également fait l'objet d'études approfondies. Aujourd'hui encore, l'essor des cellules photovoltaïques, après celui des capteurs solaires ou des fenêtres de toit, nécessite de préparer au mieux l'entrepreneur à l'évolution continue de son métier.

Construction durable : un must

Intégration des techniques solaires dans la toiture.
Tous les secteurs sont directement concernés par les enjeux de la construction durable. Les producteurs de matériaux de couverture se voient ainsi contraints d'éliminer les produits toxiques de leur processus de fabrication, comme ce fut le cas avec les fibres d'amiante, interdites depuis 1998.

Le CSTC a publié plusieurs articles sur le sujet, et s'est encore récemment trouvé à pied d'œuvre pour coordonner une recherche initiée par la Confédération Construction Toiture visant à déterminer la quantité de fibres émises sur plusieurs chantiers où l'on procédait à l'enlèvement de couvertures en amiante.

La corrosion prématurée des descentes d'eau en cuivre et la gélivité des tuiles de terre cuite de fabrication européenne sont autant de thèmes sur lesquels les chercheurs du CSTC se sont penchés.

Après les tempêtes qui ont ravagé nos régions au début des années '90, un bâtiment orientable a été construit sur le site de la station expérimentale à Limelette, afin de mieux comprendre le mécanisme du vent sur les toitures semi-perméables.

De nouveaux traitements, tels que l'ajout d'anatase aux éléments de toiture, sont également à l'étude. Cette substance offrirait en effet des propriétés intéressantes d'autonettoyage et de purification de l'air.

Perspectives d'avenir

L'histoire de la couverture et du métier de couvreur, quoique presque aussi longue et indissociable de celle de l'homme, n'a cessé de se réinventer chaque jour et il n'est pas douteux qu'il en soit encore ainsi dans le futur.

On s'attend ainsi à ce que des matériaux et des systèmes d'assemblage inédits voient le jour, conférant de nouvelles performances à la couverture et apportant une réponse adéquate aux besoins accrus de confort et de respect de l'environnement.

Néanmoins, quand on sait que le toit d'un tiers des logements de notre pays n'est pas encore isolé thermiquement, on peut vraiment se dire que l'avenir, c'est déjà demain.