Fig. 1 La durabilité d’un nettoyage de façade dépend de la technique de nettoyage choisie.
Fig. 1 La durabilité d'un nettoyage de façade dépend de la technique de nettoyage choisie.

Rénovation durable bien pensée 2007/01.07

La rénovation et la réhabilitation représente une part de plus en plus importante des activités de construction. C'est ce qui ressort du fait que, selon les données de l'Institut national de statistiques, le nombre de permis de bâtir accordés en 2005 pour des rénovations était quasiment identique à celui délivré pour de nouvelles habitations. De plus, ces chiffres tiennent uniquement compte des travaux de rénovation réalisés par des professionnels de la construction, de sorte que leur apport réel est peut être encore plus important. Dans cette optique, cet article introductif fournit quelques recommandations afin d'obtenir un projet de rénovation durable.
Le succès actuel de la rénovation et de la réhabilitation peut être attribué à une multitude de facteurs :
  • la pénurie des terrains à bâtir
  • de nombreux bâtiments sont inoccupés
  • différentes mesures sont prises afin de rendre l'habitation dans des zones urbanisées plus attrayante
  • les efforts et les coûts peuvent être étalés sur plusieurs années durant lesquelles le bâtiment reste utilisable.

1. Rénovation : une activité de construction durable

La
Fig. 2 Exemple de rénovation durable d’un immeuble à appartements.
Fig. 2 Exemple de rénovation durable d'un immeuble à appartements.
rénovation et la réhabilitation peuvent à juste titre être considérées comme une forme de construction durable. Une utilisation maximale des constructions existantes, une limitation de la quantité de déchets et un usage restreint de nouveaux matériaux sont ainsi possible.

En outre, la rénovation de l'enveloppe du bâtiment (toiture, murs, fenêtres, ...) va souvent de paire avec une amélioration drastique de l'isolation thermique existante, de sorte à faire diminuer les besoins en énergie. Le renouvellement des installations peut aussi entraîner une diminution sensible de la consommation en énergie. Les besoins calorifiques d'anciens bâtiments tournent dès lors en moyenne autour de 300 à 400 kWh/m² par an, tandis que ceux des maisons à faible consommation en énergie s'élèvent à plus ou moins 30 kWh/m² par an. Bien qu'il ne soit généralement pas possible de placer la barre aussi haut lors de la rénovation d'un bâtiment existant, ces chiffres démontrent pourtant qu'il existe un grand potentiel d'amélioration.

De plus, une multitude d'améliorations peuvent être réalisées dans le domaine du confort thermique, de l'acoustique, de la lumière, de la lutte contre la moisissure et les insectes, …, ce qui exerce aussi une influence positive sur la santé des habitants et sur la qualité de vie au sein du bâtiment.

L'approche fondamentale des problèmes d'humidité profite à son tour à la qualité hygrothermique, la santé et la durée de vie de l'habitation.

Une rénovation peut également comporter certains avantages pour les personnes à mobilité réduite et les personnes âgées. L'habitation peut ainsi être rendue plus accessible et adaptée à leurs (nouveaux) besoins.

De plus, une meilleure protection de l'enveloppe du bâtiment permet une diminution sensible de la fréquence d'entretien.

Enfin, la rénovation de bâtiments (en particulier dans des quartiers urbanisés et détériorés) peut contribuer de manière significative à une meilleure conservation de l'héritage culturel (protégé ou non).

2. Quelques remarques

Bien qu'il ressorte de ce qui précède que la rénovation et la réhabilitation peuvent (en théorie) offrir une multitude d'avantages, quelques remarques s'imposent.

Quelle que soit l'importance des travaux réalisés, la rénovation ne permet pas toujours d'atteindre les performances d'une construction neuve conçue de manière durable. Il faut généralement en chercher la cause dans une série de conditions de nature technique, administrative et culturelle qui sont difficilement contrôlables ou influençables :
  • lors de la rénovation d'une construction existante, un certain nombre de caractéristiques et de problèmes typiques auxquels on ne peut bien souvent rien changer sont présents dès le départ
  • les prescriptions urbanistiques ou la protection culturelle du bâtiment peuvent rendre difficile l'obtention d'une rénovation performante d'un point de vue technique.
Malgré ces limitations, toute une série d'améliorations substantielles sont cependant possibles.

3. Intérêt d'une approche intégrale

Il
Fig. 3 Une rénovation correcte de l’enduit va de pair avec la résolution d’éventuels problèmes d’humidité.
Fig. 3 Une rénovation correcte de l'enduit va de pair avec la résolution d'éventuels problèmes d'humidité.
existe toutefois encore une multitude d'autres raisons pour lesquels la durabilité des transformations ou des rénovations laisse à désirer. Ainsi, on ne définit pas toujours les bonnes priorités et il n'est pas rare que l'on donne la préférence à une intervention esthétique, alors que le besoin de traitements de protection ou de consolidation afin de ralentir le dépérissement du bâtiment et d'augmenter sa durée de vie est beaucoup plus grand.

Il convient en outre de tenir compte de l'influence (souvent inattendue) de l'intervention planifiée sur le vieillissement de la construction existante. Une isolation mal placée dans un ancien bâtiment peut dès lors donner lieu à l'apparition de condensation interne ou superficielle.

La stabilité, la température, l'humidité, la circulation de l'air, l'acoustique, la durabilité des matériaux, … constituent en effet des aspects indissociables et exigent par conséquent une approche intégrale.

Une approche intégrale d'une rénovation ne signifie cependant nullement que sa mise en œuvre doit être effectuée en une seule fois. Les travaux de rénovation peuvent sans problème se dérouler en plusieurs phases, pour autant que l'on n'opère que des choix réfléchis afin de garantir que les travaux exécutés précédemment n'ont pas été réalisés en vain et que les interventions de rénovation sont compatibles entre elles (voir A).
A/ Exemple d'une approche intégrale
La mise en œuvre d'une cloison de doublage peut constituer une solution parfaitement valable si l'on souhaite rapidement faire usage d'un espace intérieur dont la maçonnerie est dégradée par l'humidité ascensionnelle et les sels hygroscopiques.

Le cas échéant, il y a lieu de satisfaire à quelques conditions importantes :
  • en vue du séchage de la maçonnerie intérieure, l'humidité qu'elle renferme doit toujours pouvoir être évacuée vers l'extérieur. En d'autres termes, il doit rester possible d'injecter le bâtiment depuis l'extérieur
  • la maçonnerie doit présenter une résistance aux sels et au gel
  • l'isolation extérieure éventuelle ne peut être placée qu'après l'injection de la maçonnerie contre l'humidité ascensionnelle.

4. Intérêt d'une étude préalable

Dans ce contexte, le terme d'étude préalable peut porter tant sur une appréciation visuelle judicieuse, éventuellement complétée d'un certain nombre de techniques de diagnostic appropriées, que sur une étude approfondie de l'état du bâtiment, pour laquelle il est fait appel à un expert ou un bureau d'études.

Il va de soi que la compétence du restaurateur doit dépasser la simple mise en œuvre correcte de ses matériaux. Il doit également savoir pourquoi certains matériaux présentent des problèmes et comment la construction va réagir aux travaux de rénovation planifiés. Les conseils d'un spécialiste lors de l'appréciation de l'état d'origine et de l'évaluation des conséquences de la solution choisie ne constituent dès lors pas un luxe superflu.

Ceci vaut surtout au cas où la stabilité de la construction pourrait être compromise. En effet, il n'est pas rare d'être confronté à des phénomènes invisibles à l'œil nu (carbonatation dans des constructions en béton, p. ex.) et souvent négligés mais qui peuvent, à court terme, avoir de graves conséquences.

5. Organisation d'un projet de rénovation

Afin d'obtenir un projet de rénovation avec un minimum de moyens financiers mais avec un maximum d'effets, il importe de veiller à une bonne organisation. C'est pourquoi il y a lieu de se poser d'importantes questions :
  • Que désire-t-on obtenir ?
    Il est important, lors de la planification de la rénovation, de tenir suffisamment compte des besoins futurs du bâtiment. A terme, si l'on désire par exemple mettre en œuvre un chauffage par le sol, il y a lieu de prendre un certain nombre de dispositions dès avant le début des travaux.
  • Quelle est la situation actuelle ?
    Cette information ne peut être obtenue que via une enquête préalable approfondie.
  • Quelle est la faisabilité du projet ?
    Il convient de vérifier s'il est possible, dans l'état actuel du bâtiment, de répondre à toutes les exigences.
  • Quel est le schéma de travail le plus pratique ?
    L'ordre des travaux doit être tel que les différentes interventions de rénovation puissent se succéder sans problème. Dès lors, il y a lieu d'établir une hiérarchie en suivant l'ordre des travaux et des considérations financières peuvent aussi jouer un rôle. En effet, il importe de réaliser en premier lieu les interventions qui produisent les meilleurs résultats à court terme (voir B).
B/ Elaboration d'une hiérarchie
Il ne sert quasiment à rien d'enduire la paroi intérieure d'un bâtiment s'il est évident que la façade est confrontée à un problème d'infiltration liée aux pluies.
Dans ce cas, le traitement adéquat du mur (p. ex. réfection + hydrofugation, pose d'un bardage) est à envisager en priorité.

6. Conclusion

Une rénovation ne se révélera durable que si elle fait l'objet d'une approche intégrale. Si l'on sait exactement ce que l'on désire obtenir et qu'on élabore pour ce faire un schéma de travail réfléchi, il est en effet possible d'atteindre, avec un minimum de moyens et de matériaux, une rénovation optimale et facile d'entretien.


Article complet


J. Jacobs, ir., chef de projet, laboratoire 'Technologie du béton', CSTC
A. Pien, ir., chef du laboratoire 'Rénovation', CSTC
Y. Vanhellemont, ir., chef de projet, laboratoire 'Rénovation', CSTC
L. Vandaele, ir., chef de la division 'Energie et Climat', CSTC